Plaire ou déplaire, la question de l'Artiste entre création et animation. Réflexion

Publié le 8 janvier 2022 à 11:56

Plaire ou déplaire… La question de l’Artiste entre création et animation ? Réflexion

 

        Qu’on se le dise, presque personne n’a envie de ne « pas plaire ». C’est ainsi, même derrière une grosse carapace, notre sensibilité supporte plus ou mien bien le rejet. Dans un article où j’évoquais les masques dans la voix, je faisais référence à l’existence de stratégies dans lesquelles nous pouvons nous réfugier par peur de déplaire. Et comment une voix peut se moduler par son intonation selon les situations, ses émotions et que ces contextes demandent une certaine clairvoyance pour rester alignée et intègre avec soi-même.                                                                     J’évoquais également que nous pouvions rester sans voix, sans réponse face à l’attitude ou le comportement de quelqu’un. Dans des cas extrêmes, il nous vole littéralement notre voix par ses propos où son attitude qui nie ce que nous sommes ou ce que nous pouvons ressentir, surtout en évoquant et s’appropriant notre travail ou ce que nous sommes par le doute et la critique.

       Cette question de l’art est complexe et ce genre de situation est courante dans un monde qui pense essentiellement divertissement. L’artiste dans bien des cas, s’il n’est pas validé par une certaine notoriété « médiatique » (ce qui n’a rien à voir avec la reconnaissance de sa profession, soyons clair), se retrouve à devoir justifier de son travail. Combien de réflexions et critiques sur le caractère « trop sérieux » ou pas assez « festif » de sa proposition. Balayant ainsi des heures, des semaines, des années, voir des vies de travail dédiées à son ouvrage.                                                                 

Et au passage la gentille petite réflexion à défaut de budget « oui mais pour vous faire connaitre ». Où encore le mépris de partir sans prévenir parce que le sujet n’intéresse pas ou n’accroche pas, sans aucun respect de l’individu qui travaille, répète, et prépare ses concerts, ateliers et ouvrages. Est-ce que cela nous viendrait à l’idée d’agir ainsi avec d’autres personnes ?

 

Je m’interroge sur l’incivilité et le non-respect qui se développe actuellement.            Le petit dédain méprisant face auquel beaucoup de créatrices et de créateurs se retrouvent sans voix aujourd’hui. Il y a un monde entre la création et la consommation. L’un vous enrichit, l’autre vous divertit. Mais la démarche n’est pas la même. Ce qui pousse un être à dédier sa vie à son art est quelque chose de plus profond que la simple envie de reproduire la voix des autres éternellement ou de courir après la gloriole… Derrière il y a le besoin de partager, de donner, de dénoncer, d’agir… Et si peu d’entre eux, d’entre elles y arrivent, ils/elles auront au moins le mérite d’avoir tenté, œuvré, sacrifié et de s’être consacré à un rêve, un appel à l’intérieur d’eux ou d’elle-même… d’avoir pris le risque d’écouter la petite voix qui les poussait vers l’autre, à partager un fragment de soi si pure et si précieux, qu’incompris…

Alors bien sûr, face à ce genre de débat la voix qui s’exprime semble amère et triste… Mais en même temps cette voix là existe aussi et a besoin d’être entendue, si elle existe en soi. Quand la voix dépasse la ligne d’horizon et réalise que quoi qu’en pense le monde, elle ne peut pas faire autrement qu’être là à créer, à s’exprimer… Alors l’artiste, pétrie de la vision du monde qui l’entoure, peut-il alors devenir à son tour l’artisan de sa propre vision ?

Aussi seul et sans compromis soit-il, le cœur de celui qui voit en lui-même, sans mensonge et faux semblant, atteint le point de grâce qu’aucune notoriété, ni validation extérieure ne pourra altérer ou remplacer…                                                                                                                         Même à l’intention d’un seul être, sa voix se voudra pleine et sincère, heureuse de transmettre, ce qui lui semble essentiel… Et cela seulement compte ?

 

Donc, non, je l’affirme de façon personnelle mais assumée, une artiste ou un artiste n’est pas un objet de consommation ni un être supérieur, qui doit se modeler au désir de l’autre, d’un public ou d’une société. Il est un être humain, un être humain qui a fait d’autre choix, porté par une sensibilité différente et qui au sein d’une société, se veut de porter la vision d’un monde sans les filtres, de la politique et les médias. Sa fonction est de révéler le vivant et la vérité…                                                                                                           

S’il n’y avait pas eu des artistes et auteurs, tels que Zola ou Victor Hugo pour écrire, montrer, dire et dénoncer les souffrances du peuple, pour relayer la lumière de la liberté dans le cœur des « petites gens » que ceux du pouvoir savaient convaincre depuis toujours que c’était normal de supporter une telle condition humaine… Pour ne parler que d’eux, ces artistes ont pris des risques pour le bien de tous, ont été condamnés, exilés…                                                                                                           

Ce sont eux les passeurs de liberté, eux qui réveillent quand le peuple est pris dans les méandres de la souffrance…. Ce sont leurs visions qui portent l’espoir que c’est possible de rester debout, de se réveiller, de se révolter…                                                    

Les troubadours sont le miroir de la lumière qui n’ose pas chanter à l’intérieur de nous-même, ils réveillent force et espoir… C’est la conscience et la clairvoyance qui anime le courage…                                    

Ils ne sont pas le lot d’une élite où pour nous combler sans nous nourrir…

Chacun à sa fonction et sa façon de le vivre, ses idées et ses choix…

Tout ceci est ma propre réflexion et je respecte le point de vue de chacun. J'avais toutefois besoin de m'exprimer sur le sujet.

prenez bien soin de vous.

Natacha L'Acantah ✰ ✰ ✰

 

 

“Les oeuvres d'art sont d'une infinie solitude ; rien n'est pire que la critique pour les aborder. Seul l'amour peut les saisir, les garder, être juste envers elles. ”

De Rainer Maria Rilke / Lettres à un jeune poète

 

« Celui qui voit est souvent celui qui pleure.

L’artiste verse les larmes du monde qui le porte.

Quand la douleur est trop intense, il crée.

Dans un mouvement irrépressible.

Il n’y a pas de choix, c’est ainsi.

Dans le miroir de sa vision,

Vient se reconnaitre celui qui ne sait pas encore,

Qu’il a le droit d’être là. »

L’Acantah


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